MÉTHODOLOGIE

 

(SYNTHESE de l’ouvrage de FJ Pansier, Méthodologie, coll. Objectif Droit, LEXISNEXIS, 3e éd, 2005).

 

         Vous avez, au cours du premier semestre, étudié une première technique celle de la fiche d’arrêt. L’objectif de ce second semestre sera de parvenir au commentaire d’arrêt.

 

LA TECHNIQUE DE LA FICHE D’ARRÊT (Rappel)

 

         Au cours du premier semestre, vous avez appris à rédiger une fiche d’arrêt.

 

Celle-ci comprend les SEPT rubriques suivantes:

1°) Les faits utiles et dans l’ordre chronologique de leur déroulement.

En fin d’année, vous pourrez omettre les dates si elles n’ont pas d’incidence sur la solution du litige et le nom des parties, sous la même condition.

 

2°) La procédure de l’espèce.

Celle-ci commence par l’assignation (qui agit? Pour demander quoi? Et devant quelle juridiction?)

Vous devez présenter tous les éléments de la procédure: ainsi, pour un arrêt de la Cour de cassation, il convient de définir l’assignation, la décision du premier degré, l’appel, la solution de la Cour d’appel et l’auteur du pourvoi en cassation.

 

3°) Le ou les problème(s) de droit.

Vous devez présenter le ou les problèmes de droit sous forme d’interrogation (la réponse est OUI ou NON) et non sous forme de question.

 

4°) L’argumentation des parties.

 

5°) La solution de la juridiction: copie pure ou simple ou bien résumé avec vos mots de l’attendu principal.

 

6°) Le fondement de cette solution.

 

7°) La valeur du problème et de la solution apportée.

 

Cette technique de la fiche d’arrêt va vous permettre, au second semestre, de nourrir l’introduction de votre commentaire d’arrêt.

 

LE COMMENTAIRE D’ARRÊT

 

Le commentaire d’arrêt comprend une introduction (Section I) et le corps du devoir (Section II).

 

Section I. L’introduction

      L’introduction comprend les rubriques suivantes:

1°) Un premier paragraphe est un propos liminaire à l’arrêt.

Il s’agit de partir d’un problème général pour parvenir à un thème plus particulier (technique de l’entonnoir) ou de partir d’une réflexion sociologique, philosophique ou culturelle.

 

2°) Les faits de l’espèce.

Vous retrouvez ici la première rubrique de la fiche d’arrêt.

 

3°) La procédure de l’espèce.

Vous retrouvez ici la deuxième rubrique de la fiche d’arrêt.

 

4°) Le ou les problème(s) de droit.

Vous retrouvez ici la troisième rubrique de la fiche d’arrêt.

S’il y a deux problèmes, vous posez deux interrogations; s’il y en a trois, trois interrogations...et ainsi de suite.

 

5°) La solution de la juridiction.

Vous retrouvez ici la cinquième rubrique de la fiche d’arrêt.

Chaque interrogation de la partie précédente doit trouver ici réponse.

 

Dans l’hypothèse de plusieurs problèmes, vous pouvez présenter les 4° et 5° de deux façons: exemple pris pour deux problèmes de droit

a) l’interrogation et la solution du premier problème, puis l’interrogation et la solution du seconde problème;

b) l’interrogation du premier problème, celle du second problème, puis

la solution du premier problème et celle du second problème.

 

6°) L’annonce du plan retenu.

 

Les rubriques de la fiche d’arrêt non retenues pour l’introduction (4° Argumentation des parties, 6° Fondement de la solution et 7° Valeur du problème et de la solution apportée) du commentaire vont servir à nourrir le corps du devoir.

 

 

EXEMPLE DE COMMENTAIRE D’ARRÊT:

 

Remarque liminaire: il s’agit d’un arrêt de la Cour de cassation comportant deux moyens, donc deux problèmes de droit.

 

PLAN

D’où un plan par scission de l’attendu principal: une partie sera consacrée au premier moyen, et une seconde partie sera consacrée au second moyen.

La seule difficulté tenait à ce que, pour des motifs de logique et d’élégance, il convenait de traiter en première partie le second moyen, puis, en seconde partie, le premier moyen.

 

Les sous parties résultent d’une sous scission des attendus principaux:

 

Attendu principal du premier moyen (constituant la seconde partie):

« Si l’article 214, alinéa 2, du Code civil n’implique pas l’existence d’une communauté de vie entre les conjoints, il appartient aux juges du fond de tenir compte, à cet égard, des circonstances de la cause ».

La scission s’opère logiquement à la virgule, d’où:

II A = « Si l’article 214, alinéa 2, du Code civil n’implique pas l’existence d’une communauté de vie entre les conjoints » ==> L’existence du lien de droit

II B = « il appartient aux juges du fond de tenir compte, à cet égard, des circonstances de la cause » ==> Le tempérament de fait

 

Attendu principal du second moyen (constituant la première partie)

« La possibilité, pour les époux, d’avoir des domiciles différents, au sens de l’article 108 du Code civil, ne les dispense pas de l’obligation de communauté de vie édictée par l’article 215 du Code civil »

La scission s’opère entre les deux termes mis en relation par le prédicat (« verbe ») dispenser, d’où:

IA: « La possibilité, pour les époux, d’avoir des domiciles différents »

IB: «  l’obligation de communauté de vie »

TOUTEFOIS, pour varier la technique de plan, nous retiendrons en première partie un plan logique (A Solutions possibles, B Solution retenue), avec pour titres:

IA: La contradiction apparente des textes

IB: La contradiction rejetée (par la Cour de cassation) des textes

 

 

NB 1: si l’Introduction et les phrases de présentation des parties ou sous-parties sont explicitées in extenso, le contenu des parties est limité aux idées essentielles...

NB 2: L’effort de « parallélisme » des titres peut être poursuivi...

INTRODUCTION

         Le fait entre souvent en conflit avec le Droit. Aussi le juriste doit-il développer des trésors d’ingéniosité afin de trouver des solutions conformes à la fois aux exigences légales et aux réalités de la pratique. La situation d’un couple séparé de fait, mais toujours uni par le mariage, est l’une de ces situations conflictuelles.

         Monsieur et Madame de D se sont unis dans les liens du mariage. Depuis 32 ans, Madame de D vit séparée de fait de son mari et ce en compagnie d’un certain G.

         Madame de D, demanderesse, assigne Monsieur de D., défendeur, devant le Tribunal d’instance (régime antérieur à la loi de 1993) afin d’obtenir le paiement d’une contribution aux charges du mariage. La décision des premiers juges est inconnue; le plaideur insatisfait a interjeté appel. Le 28 janvier 1977, la Cour d’appel de Nîmes a débouté Madame de D. de sa demande. Celle-ci a formé un pourvoi en cassation.

         Le pourvoi s’articulait autour de deux moyens, d’où deux problèmes de droit:

1°) la distinction des domiciles se concilie-t-elle avec l’obligation de vie commune?

2°) l’obligation pesant sur chacun des époux de contribuer aux charges du mariage persiste-t-elle dans l’hypothèse d’une séparation de fait?

         La Cour de cassation répond à chacun de ces problèmes:

1°) « Si l’article 214, alinéa 2, du Code civil n’implique pas l’existence d’une communauté de vie entre les conjoints, il appartient aux juges du fond de tenir compte, à cet égard, des circonstances de la cause ».

2°) « La possibilité, pour les époux, d’avoir des domiciles différents, au sens de l’article 108 du Code civil, ne les dispense pas de l’obligation de communauté de vie édictée par l’article 215 du Code civil ».

         Ainsi la Cour de cassation a l’occasion de rappeler l’importance de l’obligation de communauté de vie entre époux (Première Partie: L’obligation de communauté de vie) et de sanctionner pécuniairement les époux ne respectant pas cette contrainte (Seconde Partie: Le sort des obligations pécuniaires).

 

 

Première Partie: L’obligation de communauté de vie

         Si, en apparence, les textes applicables sont contradictoires (A La contradiction apparente des textes), la Cour de cassation instaure une hiérarchie entre les articles concernés (B: La contradiction rejetée des textes).

 

A La contradiction apparente des textes

         L’article 108 du Code civil autorise les époux à avoir des domiciles distincts.

         L’article 215 du même code prévoit que la résidence des époux est choisie d’un commun accord. Rien n’est prévu en cas de désaccord, et d’ailleurs rien ne donne au juge le pouvoir de trancher, si ce n’est la volonté d’introduire à tout prix cet étranger (le juge) dans la vie de couple...

         D’où la question: la loi du 11 juillet 1975, en modifiant l’article 215, a-t-elle supprimé l’obligation de vie commune ? (cf. l’ouvrage de M. BENABENT).

 

B: La contradiction rejetée des textes

         Pour la Cour de cassation, la possibilité d’avoir des domiciles distincts ne dispense pas de l’obligation de communauté de vie.

Ce qui signifie que les époux ont aussi l’obligation de parvenir à un accord sur l’aménagement de leur vie commune. Sauf, le cas où la juge estimera légitime le refus de cohabiter, compte tenu du comportement du conjoint.

 

Transition: La faute de l’époux qui refuse sans motif la vie commune aura une incidence sur les obligations pécuniaires.

 

Seconde Partie: Le sort des obligations pécuniaires

         Si l’article 214, alinéa 2, du Code civil n’implique pas l’existence d’une communauté de vie entre les conjoints (A L’existence du lien de droit), la Cour de cassation permet aux juges du fond de tenir compte, à cet égard, des circonstances de la cause (B Le tempérament de fait).

 

A L’existence du lien de droit

         Les obligations pécuniaires entre époux, notamment la contribution aux charges du ménage, sont liées à l’existence du lien conjugal, et subsistent malgré la séparation de fait.

 

B Le tempérament de fait

         Le sens de la formule de la Cour de cassation « il appartient aux juges du fond de tenir compte, à cet égard, des circonstances de la cause »: les obligations du mariage forment un faisceau cohérent. Celui des deux époux qui ne respecte pas ses obligations ne peut exiger de l’autre qu’il exécute les siennes.

Par conséquent, les obligations pécuniaires peuvent subsister à titre unilatéral, au profit des seuls époux « innocents » mais non au profit de l’époux « fautif ».

         En l’espèce, la rupture de la vie commune est imputable à la femme, qui a décidé de vivre séparée de son mari, qui plus est en compagnie d’un homme.

Le mari se trouve alors libéré de ses obligations, et notamment de celle de contribuer aux charges du mariage, envers elle, l’épouse « fautive ».

 

CONCLUSION

                   En fin de première année de DEUG, vous êtes censé posséder les trois exercices suivants:

- la dissertation,

- le cas pratique,

- et le commentaire d’arrêt.

Pour réellement maîtriser ces techniques, rien ne vaut l’entraînement et la pratique: rédigez in extenso, au moins une fois au cours de l’année, un sujet dans chacun de ces trois exercices. Ce n’est que par la répétition de la pratique de ces techniques que vous y arriverez...

 

 

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