Le
Droit Publie face à la Pauvreté, une thèse de Diane Roman (par René Naba)
Quatre millions d'exclus
en France vivant du fait du chômage au dessous du seuil de pauvreté, près de
85.000 décès enregistrés par an du fait des «drogues licites» (alcool‑tabac),
17.000 décès prématurés du fait de la pollution (1), dix mille décès par an du
fait de l'amiante et autant du fait de l'infection nocosomiale, sans parler des
accidentés de la route, des sinistrés des calamités naturelles, des victimes
des pandémies (Sida) et des epizooties (vache folle): Le champ d'intervention
de l'état demeure vaste et sa fonction régulatrice plus nécessaire que jamais.
Pléthoriques au début du
phénomène de la mondialisation, la dernière décennie du 20eme siècle, les
théoriciens du contournement et du dépassement de l'état doivent battre en
retrait en raison des enjeux et des périls que recèlent précisément la
mondialisation des flux et des échanges.
A preuve, les
licenciements pour cause d'optimisation boursière (Danone, Marks and Spencer,
Michelin etc.) ont produit en France, au printemps de l'an 2001, une nouvelle
législation sur la modernisation sociale encadrant les licenciements, alors
qu'au Royaume Uni, le premier ministre britannique, Tony Blair, le parangon
travailliste de l'économie du marché, redécouvre pour sa seconde mandature, les
vertus du service public.
Anticipant ce
revirement, une universitaire française, Diane Roman, s'est penchée sur les
rapports entre le droit public et la pauvreté, c'est à dire, en termes moins
académiques, sur le rôle de l'état face à la marginalité économique et partant
face à la marginalité sociale.
Les raisons de son
intérêt pour ce thème singulier, Diane Roman l'explique très simplement: «La pauvreté reste terra incognita du droit
et des juristes», soutient‑elle d'emblée.
Objet d'étude bien connu
des sciences sociales, thème littéraire, religieux et politique par excellence,
la pauvreté fait l'objet de très peu d'études sur le plan juridique, alors que
l'histoire l'enseigne, la nécessité d'assurer une stabilité politique et
sociale, les menaces que font peser la pauvreté et la misère sur la cohésion
sociale et l'ordre établi constituent des préoccupations constantes des
gouvernants. Pour l'avoir négligé bon nombre d'entre eux ont payé de leur vie
la révolution des ventres creux. Pour l'avoir ignoré, Marie‑Antoinette
toute absorbée à sa consommation de biscotte, a emporté dans sa désinvolture le
trône millénaire des Rois de France.
Développant son
argumentation, Diane Roman démontre que si le droit prend en compte la
pauvreté, ‑‑en citant en exemple la théorie de l'état de nécessité,
la notion d'indigent fiscal, exonéré de l'impôt, le bénéficiaire du minimum
vieillesse, la couverture médicale universelle‑‑, jamais il
n'utilise le terme. «La notion (de pauvreté) se devine mais reste rétive à
toute définition juridique», écrit‑elle.
A l'heure de la fracture
sociale, la distinction opérée par les juristes entre droits civils et droits
politiques (liberté d'expression, de mouvement), d'une part, et les droits
économiques, sociaux et culturels (droit au secours, au logement, à la protection
de la santé), d'autre part, l'opposition entre Etat gendarme et Etat providence
tend à s'estomper.

Partant du constat que
les deux sphères des Droits de l'homme sont indivisibles «aucune cloison
étanche ne sépare les deux sphères», la juriste estime que «cette évolution de
la théorie contemporaine des droits fondamentaux entraîne une double
conséquence:
‑‑la
première est de permettre un constat juridique: celui de définir la pauvreté
comme situation matérielle entraînant une violation des droits de l'homme. En
ce sens, la pauvreté engendre souvent une violation des droits fondamentaux,
qu'elle résulte d'une carence des pouvoirs
publics» ( ........................................................................................................................................ )
La seconde qui en
découle est autrement plus hardie et tient compte des conquêtes sociales du
dernier quart de la seconde moitié du 20me siècle: Allant au delà de la
définition socioéconomique de la pauvreté, (absence de ressources et de
travail), la notion juridique de la pauvreté incorpore les droits fondamentaux
de l'homme. « La pauvreté es un trouble jugé socialement inadmissible dans la
jouissance des droits qualifiés fondamentaux par le législateur français de
1998: emploi, logement, protection de la santé, justice, éducation, formation
et culture... formulation souligne‑telle, identique au préambule de la
Constitution de la IV République (27 octobre 1946).
La rigueur de l'analyse
n'exclut pas une certaine poésie: cette recherche se veut, conclut‑elle,
un «essai de réponse juridique à une interrogation formulée jadis par Victor
Hugo: «J'ai vu que vous étiez hors la loi. Qu'est ce que cela, la loi? On peut
donc être dehors (...) Mourir de faim, est‑ce dans la loi?», reprend la
juriste dans une interpellation qui constitue tout à la fois la marque
indéniable d'une culture certaine et d'une incontestable sensibilité humaine.
Le Droit Public Face à
la Pauvreté thèse soutenue le 8 décembre 2000 à l'Université de Paris I, sous
la présidence du professeur Etienne Picard devant un jury composé des
Professeurs Michel Borgetto (Poitiers), Danièle Lochak (Paris X‑Nanterre),
Xavier Pretot (Paris II), Frédéric Sudre (Montpellier).
Cette thèse a obtenu une
mention très honorable avec les félicitations du jury à l'unanimité, assortie
d'une proposition pour prix de thèse et de subvention à fin de publication.
Diane Romane, chargé
d'enseignement à l'Université Pantheon‑Sorbone, titulaire d'une maîtrise
de Droit Public avec mention, est l'auteur d'un mémoire sur «la situation
juridique des étudiants étrangers» et d'un DEA de Droit Public Inteme (mention
Bien), avec un mémoire portant sur «l'opposabilité des circulaires administratives».