Maîtrise en droit - Carrières juridiques et judiciaires
Cours de droit des Régimes Matrimoniaux
Epreuve du 28
janvier 2003
Durée de l'épreuve : 3 heures
Sujets
Les étudiants traiteront, au choix, l'un des deux sujets
suivants.
Sujet théorique.
La protection des créanciers des époux dans le
régime matrimonial.
Sujet pratique.
Francis
et Fernande se sont mariés le 7 décembre 1983, sans contrat de mariage. De
cette union sont issus deux enfants Aude et Olivier, nés respectivement en 1984
et 1987.
Au jour du mariage, Francis et Fernande ne possédaient l'un et l'autre
qu'une solide confiance dans leur bonne étoile. Fernande reprit au début de son
mariage l'exploitation d'un magasin d'artisanat d'art que lui avait été
transmis sa mère. Mais dés la naissance de son premier enfant, elle préféra
mettre ce fonds en gérance, moyennant une redevance de 500 euros par mois. Ce
fonds qui existe toujours est actuellement évalué à 100.000 euros.
Quant à
Francis, il terminait brillamment de l'Ecole du Barreau et s'associait avec
l'un de ses meilleurs amis d'enfance pour fonder un cabinet qui paraissait
promis à un grand avenir.
Cette espérance ne devait malheureusement pas se réaliser. En 1990,
Francis dut abandonner son cabinet à la suite d'une violente altercation avec
son associé. Celui-ci s'étant livré à son encontre à des propos injurieux et
diffamatoires, Francis perçut une indemnité réparant l'atteinte portée à sa
réputation d'un montant de 15.000 euros. Cette somme a été dépensée au jour le
jour pour faire face à une situation financière provisoirement difficile, sans
que les époux soient en mesure de dire précisément comment elle a été employée.
En 1986,
Fernande avait recueilli dans la succession de sa mère, un terrain situé à
Nuits Saint Georges, en indivision avec ses deux frères. Ce terrain était, à
l'époque, évalué à 6.000 euros. Les droits à payer pour cette succession
s'élevaient à 400 euros, que Fernande a réglés à l'aide de la redevance payée par le gérant
du magasin le mois précédent. Par la suite, elle a racheté la part de ses deux
frères dans ce terrain pour un prix global de 5.000 euros frais compris, payés
à l'aide d'une somme de même montant qu'elle avait gagnée au « quinté plus »
quelques jours plus tôt.
En 1996,
Francis et Fernande ont décidé de faire construire sur le terrain de Nuits
Saint Georges une maison d'habitation. Le coût de cette construction s'est
élevé à 50.000 euros, payés pour moitié à l'aide de deniers donnés à Francis
par ses parents, et pour l'autre moitié grâce à un emprunt contracté auprès de
la Banque d'Indochine, remboursable en 10 annuités de 3.500 euros chacune. Au le janvier 2003, la maison de
Nuits Saint Georges vaut globalement 100.000 euros, le terrain représentant à
lui seul une valeur de 15.000 euros. Sur l'emprunt contracté pour financer la
construction, il reste dû 14.000 euros, dont 10.000 en capital et 4.000 en
intérêts. En outre, Francis, qui aime le faste, a fait refaire dans le courant
de l'année 2002 toute la décoration intérieure de la maison. Il a pour cela
engagé une dépense de 20.000 euros qui n'est pas encore réglée.
Les enfants
grandissant, les deux époux ont préféré confié leur éducation à un internat bon
chic bon genre, qui implique une scolarité d'un coût de 2.000 euros par an.
Pendant ce temps, Fernande décida d'occuper ses loisirs en boursicotant. Elle
s'est d'ailleurs montrée une gestionnaire particulièrement avisée, de sorte que
à la fin de l'année 2000 le couple s'est trouvé à la tête d'un portefeuille
alors évalué à 100.000 euros. Mais la conjoncture internationale étant
aujourd'hui particulièrement défavorable, Fernande malgré toute son habileté
n'a pu empêcher qu'il ne perde la moitié de sa valeur au cours de l'année
dernière.
Cependant, en
1998, à l'insu de son épouse, Francis, s'étant laissé circonvenir par son frère
Léon qui se débattait dans de grandes difficultés économiques à la tête de son
entreprise, a accepté de constituer sur ces valeurs mobilières un nantissement
en garantie d'une ouverture de crédit consentie à Léon par la Banque des Indes
Occidentales. Léon ayant été placé en redressement judiciaire le 15 septembre
dernier, la banque vient d'assigner les deux époux en vue de se faire attribuer
les titres affectés à la garantie de sa créance.
Les rapports
de Francis et Fernande se sont beaucoup dégradés depuis trois ans. Or, alors
que ils tentaient de restaurer leur couple au moyen d'une croisière sur le
Mermoz à l'occasion du nouveau millénaire, Francis rencontra sur le pont du
navire par une belle nuit romantique la jeune Péronnelle tout droit sortie de
la Star Academy, avec qui il eut une brève mais torride liaison. Au retour de
cette croisière, Francis a mis fin à cette relation après avoir donné à
Péronnelle, à titre de cadeau de rupture, une somme de 20.000 euros, sous la
forme d'un chèque tiré sur son compte bancaire. Toutefois, Péronnelle ayant mis
au monde au mois de septembre suivant une fille prénommée Mathilde, Francis, en
père conscient de ses devoirs, a reconnu cette enfant devant l'officier
d'état-civil le 6 janvier 2002. Pendant quelques mois, il a versé à la mère au
titre de sa participation à l'entretien de sa fille une somme de 300 euros par
mois. Mais ses bonnes dispositions se sont très vite arrêtées et, dés le mois
de novembre suivant, il a cessé tout versement. Péronnelle vient de l'assigner
en pension alimentaire au nom de l'enfant, et lui réclame une somme de 500
euros par mois.
La découverte de l'existence
de Mathilde aussi bien que la révélation du nantissement des valeurs mobilières
qu'elle avait si bien gérées ont été pour Fernande la goutte d'eau qui a fait
déborder un vase déjà bien plein. Elle envisage une procédure de divorce, et
vous demande conseil.
Questions.
1) Fernande vous demande si elle peut
s'opposer aux prétentions de la Banque des Indes Occidentales et comment. Elle
souhaite que vous lui précisiez les conséquences de l'engagement pris par son
mari à l'égard de chacun des époux.
2) Elle s'inquiète plus généralement de la
situation financière du ménage, d'autant que la somme due pour la scolarité des
enfants au titre de 1 `année 2002 n'est pas réglée. Elle vous demande de lui
dire comment toutes ces dettes seront payées et qui va les supporter.
3) Enfin, elle désire que vous
lui indiquiez quels sont ses droits dans la communauté existant entre elle et
son mari en prévision d'un éventuel divorce, étant précisé qu'outre les bien
ci-dessus désignés, chacun des époux est titulaire d'un compte à la banque
d'Indochine dont le solde est au le janvier 2003, de 3.000 euros
pour Francis et de 4.600 euros pour Fernande.
N.B. 1) Les étudiants suppléeront toutes les
informations qui leur paraîtraient tout à la fois manquantes et nécessaires au
traitement de l'exercice.
2) Documents autorisés : Code civil Calculette.
ELEMENTS DE
CORRECTION
Première question (4 points)
Francis a constitué un nantissement sur une
ouverture de crédit consentie à son frère Léon.
Or celui-ci est en règlement judiciaire.
Il s’agit d’une dette propre du mari :
l’article 1415 du code civil est applicable et l’accord des deux époux serait
nécessaire.
Aux termes de l'article 1415 du Code civil,
chacun des époux ne peut engager que ses biens propres et ses revenus, par un
cautionnement ou un emprunt, à moins que ceux-ci n'aient été contractés avec le
consentement exprès de l'autre conjoint qui, dans ce cas, n'engage pas ses
biens propres.
L’arrêt important est celle du 15 mai 2002 (D.,
2002, jur. p. 1780, note C. Barberot ; Gaz. Pal., Rec. 2002, somm. p. 912,
J. n° 176, 25 juin 2002, p. 20): le nantissement constitué par un tiers pour le
débiteur est un cautionnement réel soumis à l’art. 1415 C. civ.. Dans le cas
d’un tel engagement consenti par un époux sur des biens communs, sans le
consentement exprès de l’autre, la caution, qui peut invoquer l’inopposabilité
de l’acte quant à ces biens, reste seulement tenue, en cette qualité, du
paiement de la dette sur ses biens propres et ses revenus dans la double limite
du montant de la somme garantie et de la valeur des biens engagés, celle-ci
étant appréciée au jour de la demande d’exécution de la garantie.
Le cautionnement n’est pas nul mais inopposable
au conjoint.
Deuxième question (4 points)
La dette de scolarité est une dette ménagère,
donc solidaire par application de l’article 215 du code civil.
Quant à l’emprunt, deux solutions sont
possibles : soit il a été souscrit par les deux époux et la dette est
solidaire ; soit il a été souscrit par Fernande seule et alors elle est
seule engagée.
Pour la décoration de l’appartement, bien que la
dette ait été souscrite par Francis seul, c’est une dette commune par application
de l’article 1413.
Quant à la pension alimentaire, il s’agit d’une
dette commune par application de l’article1409 du code civil.
LIQUIDATION (12 points)
Observations
liminaires
1. Liquidation normale du régime de communauté
légale, en application des lois du 13 juillet 1965 et 23 décembre 1985.
2. Le magasin d’artisanat
-
Le bien a été transmis par la mère de l’épouse (1405 du Code civil)
-
En revanche, les fonds provenant de l’exploitation du magasin de la
femme (redevance de 500 euros) sont communs.
3. Le cabinet d’avocat
-
Le cabinet d’avocat a été créé au cours du mariage : c’est un
acquêt donc un bien commun (art. 1401)
-
Le bien a disparu, en raison de la dispute entre les associés ;
-
L’indemnité perçue à raison de propos injurieux ou diffamatoires est
propre (art. 1404 + jp)
-
Récompense due par la communauté au mari : en effet, il résulte du
libellé du cas pratique que la communauté a utilisé cette somme pour faire face
à des dettes courantes. La preuve est donc faite de l’utilisation par la communauté
de la somme propre (exigence jurisprudentielle). Une discussion peut être
admise sur ce point de la preuve.
-
montant de la récompense : 15.000 euros (valeur de la villa hors prix
du terrain au jour de la liquidation)
4. Terrain à NUITS SAINT GEORGES
- Bien
propre, en tant que bien futur (1405)
-
Une récompense est due par Fernande raison des frais qu’elle a dû
avancer pour que Fernande puisse obtenir la succession
-
Calcul : [400 (frais) / 6000 (Coût total de l’opération)] x 15.000
(Valeur actuelle du terrain) = 1.000 euros
-
La somme gagnée au quinté plus est un bien commun : son origine
importe donc peu
-
L’acquisition des parts indivises de ses deux frères laisse la qualité
de bien propre au terrain de Nuits Saint Georges (1408)
-
Une récompense est due à la communauté qui a payé (1408)
-
Calcul : quotité acquise x Valeur actuelle, Soit 2/3 x 15.000 =
10.000 euros
-
La construction sur un terrain propre est un bien propre (1406)
-
Le financement est double : d’une part, une somme avancée par
Francis (c’est une dette de propre à propre), et la récompense est de la moitié
de la valeur de la villa sans le terrain 85.000/2 = 42.500 euros. D’autre part,
une somme provenant d’un prêt de la banque ; une récompense est due :
Capital avancé par la communauté / Coût de l’achat x Valeur actuelle du
bien [15.000/25.000] x 85.000 = 51.000
euros
-
La dépense liée à la décoration intérieure est une dépense d’entretien
d’un bien propre. La charge définitive pèse donc sur la communauté (Arrêt du 31
mars 1992)
5. Frais de scolarité
- C’est
une dette de la communauté (cf. question n°1)
6. Actions boursières
- Ces
actions ont été acquises pendant la communauté et sont donc des acquêts, des
biens communs (1401)
7. Péronelle
-
Ce cadeau est une dépense
personnelle, d’où récompense due à la communauté
-
La récompense est égale à la valeur du cadeau au jour du don ;
-
Récompense : 20.000 euros
-
Le paiement de la pension alimentaire est aussi une dépense personnelle
-
Récompense : 300 euros x 10 mois = 3.000 euros
-
Total : 23.000 euros
Première
Partie : Reprises et récompenses
I. REPRISES
a) Francis
b) Fernande
-
Le magasin d’artisanat : 100.000 (2)
-
La maison de NUITS SAINT GEORGES : 100.000 (4)
Total : 200.000
II. RECOMPENSES
Monsieur Madame
__________________________________ ________________________________
+ - + -
15.000 (3)
23.000 (6) 0 10.000 (4)
51.000
(4)
1.000 (4)
_______________________________________________________________________
-
8.000 euros -
62.000 euros
Deuxième
Partie. L’actif de communauté
Actif
Passif
50.000 (5) 20.000
(4)
Solde : + 30.000
RM + 8.000
RF + 62.000
_______________
Actif net : 100.000
Moitié: 50.000
MONSIEUR MADAME
50.000 50.000
- 8.000
-
62.000
_____________
____________________
42.000 - 12.000 (SOULTE DUE À SON MARI)
VERIF: 42.000 – 12.000 = 30.000 = Communauté sans RM et RF
Quatrième
Partie. Les attributions
MONSIEUR:
-
TOUT l’actif : 30. 000
-
LA SOULTE : 12.000
TOTAL 42.000
euros
MADAME
-
SOULTE : - 12.000